« Pour la quatrième édition, Anthony Grafton, Historien de la culture européenne, titulaire de la chaire « Henry Putnam University Professor » à l’université de Princeton, propose d’explorer l’histoire et l’esthétique de la page, de l’Antiquité à l’ère numérique : entre le mode de lecture induit par la toile et certains usages du livre ancien, maintes affinités existent.«
1 La page et son lecteur : de l’ère numérique à l’Antiquité 2 La page en mutation : métamorphoses et significations 3 La page illustrée : Hartmann Schedel et le contexte humaniste 4 Labyrinthes et minotaures : la page savante source
« L’arbousier était une plante sacrée chez les Romains : la déesse Cardea , nymphe gardienne des portes et protectrice des enfants- soeur d’Apollon- s’en servait, paraît-il, pour éloigner les sorcières (avec une baguette d’arbousier) et cette réputation s’est sans doute poursuivie en Afrique du Nord car les Berbères en planteraient encore pour éloigner les démons.
C’était aussi un symbole d’éternité grâce à son feuillage toujours vert. Virgile décrivit les obsèques de Pallas dans l’Enéide en ces termes : « On s’empresse de tresser les claies d’un brancard flexible avec des branches d’arbousier et de chêne et on dresse un lit funèbre ombragé de verdure. »
Le savant romain Pline l’Ancien vante, entre autres, sa grande résistance à l’incendie. Les Espagnols l’honorent aussi puisqu’il figure en bonne place sur le blason de la ville de Madrid ainsi que les patriotes italiens à cause de ses couleurs: vert, blanc (fleurs) et rouge.
En Corse du Sud, les enfants faisaient leur tournée du Nouvel An en déposant sur la table de la maison visitée, une petite branche d’albitru (arbousier), symbole de loyauté dont voici la légende.
Lorsqu’il fut vendu par Judas et poursuivi par les soldats, Jésus fut caché par un arbousier généreux, mais le traître scopa (bruyère), n’hésita pas à dénoncer son voisin l’arbousier et Jésus fut capturé.
Reconnaissant, Dieu bénît l’arbre charitable en le couvrant de fruits, et bannît la bruyère qui depuis ce temps là, fleurit sans jamais donner de fruits. » source
« Les anciens maîtres ont compris que les objets symboles peuvent attribuer un sens particulier aux compositions représentant la nature morte ou vivante, le portrait ou les scènes de genre, à tel point qu’un still leven va devenir un tableau religieux, une image du monde, dont le concept est décrit avec les objets«
Les ambassadeurs, Hans Holbein le Jeune, 1533, National Gallery
Quelques exemples :
-la pomme renvoie à Adam et au péché originel,
-les cerises au Paradis,
-le raisin à l’incarnation du Sauveur et au mystère de l’Eucharistie,
-le calice de vin au sang versé par le Christ
-la noix est la chair tendre de Jésus sur le bois de la Croix,
-le citron, l’amertume de la Chute.
-le lys signifie la pureté, l’ancolie, la présence du Saint-Esprit,
-l’iris, la douleur,
-l’œillet, par homonymie (carnation), l’incarnation du Christ
la corruption de toute matière : la mouche, qui précède le ver de la pourriture, et les petits insectes d’une manière générale ; les pétales fanés ; les fruits abîmés ; les pierres lézardées ou les rebords de coupelles ébréchés ; les cordes rompues ;
la fuite du temps : le chronomètre ou la montre, la bougie consumée, le sablier, le crâne ou le squelette, la lampe à huile ;
la fragilité de la vie : crânes, bougies éteintes, fleurs fanées, miroirs, instruments de musique, fumée, bulle de savon, chenille, papillon (qui est aussi symbole de l’âme), verre brisé ou renversé ; objets en déséquilibre ;
la vanité des biens de ce monde : étoffes précieuses, coquillages, bijoux, pièces de monnaie, armes, couronnes et sceptres (richesse et pouvoir), livres, instruments scientifiques, bustes antiques ou tout objet d’art (connaissance), verres et vin, pipes, instruments de musique, cartes à jouer, dés (plaisirs) ;
la vérité de la résurrection et de la vie éternelle : épis de blé, couronnes de laurier, citations des Écritures ou des stoïciens qui soulignent l’inutilité des biens de ce monde sous forme de sentences : Vanitas vanitatum et omnia vanitas (« Vanité des vanités, tout est vanité »), «Toutes choses ont leur temps », « Sorti nu du ventre de sa mère, il s’en retournera de même, et n’emportera rien avec lui du fruit de son labeur ». source
Professeur d’éducation physique devenu philosophe puis historien, Georges Vigarello mène depuis de nombreuses années des recherches sur l’histoire des pratiques corporelles, de l’hygiène, du sport, de l’apparence corporelle et de la santé. Pour ce cycle, il propose une synthèse généreuse, à la fois ambitieuse et accessible à tous, sur la représentation des gestes, des postures et du corps en mouvement dans les arts visuels depuis la Renaissance.
« Le mouvement corporel, avec ses versants techniques, expressifs, sociaux, est relativement peu étudié dans les recherches sur les arts visuels, alors que le sont davantage le portrait, l’espace, le paysage, le graphisme, la couleur, la vie publique ou privée… La richesse culturelle du mouvement mérite pourtant d’être soulignée.«
1 Le geste magnifié à la Renaissance 2 Regard de l’anatomiste : sciences, techniques et représentations (XVe-XVIIIe siècle) 3 Le mouvement comme expression sociale (XVe-XVIIIe siècle) 4 Le corps au travail (XIXe-début XXe siècle) 5 L’explosion de la modernité (XXe siècle)